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Radio numérique au Canada : voici comment notre conversion fut sabotée

Saviez-vous que ce sont les Américains qui avaient enfoncé le dernier clou dans le cercueil de notre conversion vers la radio numérique au Canada? Je vous explique…

Le monde entier s’émeut ces jours-ci que la Norvège soit en voie de rompre avec la radio analogique et plonge dans l’univers numérique.

À l’ère des nouveaux médias et des technologies numériques, ça fait rêver.

Un air de déjà vu au Canada

Or, saviez-vous qu’à la fin de la décennie 1990, il existait déjà au Canada des stations radiophoniques qui diffusaient en DAB (Digital Audio Broadcasting) sur la bande L?

La DAB est précisément la même technologie employée par la Norvège pour procéder à son virage vers le numérique.

Dans la seule région torontoise, plus d’une vingtaine de stations étaient déjà prêtes à être écoutées en numérique. Il s’en trouvait également à Montréal, Vancouver, Windsor et Toronto.

Bref, ce qui se passe aujourd’hui à travers le monde et particulièrement en Norvège, on l’a déjà (un peu) vécu il y a environ une vingtaine d’années. Nous n’en étions encore qu’à une phase de déploiement certes, mais ça s’est réellement passé.

Les Américains (et un peu les lois du marché) ont saboté la conversion vers le numérique

Or, le problème, et il est de taille, c’est que ni les consommateurs, ni l’industrie, ni nos voisins les Américains n’ont voulu adhérer à la radio numérique DAB.

Et ce qui devait arriver arriva. La radio DAB a finalement rendue l’âme au Canada…

La radio numérique DAB est morte et enterrée

Il y a deux conditions à remplir afin qu’un produit se vende : existe-t-il une demande pour le produit et le produit existe-t-il?

Pas de produit, pas de demande. Et pas de demande, pas de produit. C’est un peu l’enjeu de l’œuf et de la poule.

Les stations commençaient déjà à être déployées. Auraient-elles pu être plus nombreuses? Possible.

Sauf que les récepteurs numériques, eux, étaient encore relativement peu nombreux à l’époque. Pis encore, lorsqu’ils étaient le moindrement de qualité, ces appareils étaient littéralement hors de prix.

Donc, l’offre était à moitié comblée. On commençait à avoir des stations, sauf qu’on n’avait à peu près pas de façons de les écouter.

Les manufacturiers automobiles ne se hâtaient pas pour intégrer des récepteurs DAB dans leurs nouveaux modèles de véhicules. Pas plus que l’industrie de l’électronique ne semblait d’ailleurs intéressée à inonder le marché de nouveaux appareils.

Bref, toutes les conditions furent réunies pour que les consommateurs lèvent le nez sur ce qui représentait pourtant l’avenir.

Le dernier clou dans le cercueil de la radio numérique au Canada

Finalement, les Américains n’ont fait qu’enfoncer le dernier clou dans le cercueil de la radio numérique DAB en décidant que la bande L allait être réservée à l’armée pour la télémétrie.

L’industrie radiophonique américaine et canadienne n’eut donc d’autre choix que de se tourner vers une solution alternative : la HD Radio. Une forme hybride de radiodiffusion qui fait appel à la fois à l’analogique et au numérique.

Il s’agit d’ailleurs de la seule alternative qui fut retenue par la Federal Communications Commission (« Commission fédérale des communications »), l’agence gouvernementale américaine chargée de réguler les télécommunications ainsi que la radio, la télévision et l’Internet.

Et c’est ainsi que la technologie préconisée par les Américains l’a finalement emporté.

Près de 2 décennies après les premiers balbutiements de la radio numérique au Canada, on ne trouve encore qu’une poignée de stations qui utilisent la technologie HD Radio chez nous.

Aucune de ces stations ne diffuse en français et toutes sont situées en Ontario, en Alberta et en Colombie-Britannique.

Vous vous demandez ce qu’il est advenue de la bande de fréquences qui devait être destinée à la radio numérique?

Elle fut mise aux enchères par le gouvernement du Canada et est utilisée pour la téléphonie sans fil.

Petite mise au point en terminant

Comprenez-moi bien. La radio numérique terrestre n’est pas morte et enterrée au Canada. Il est encore possible qu’éventuellement nous options vers une technologie entièrement numérique comme l’a fait la Norvège.

Mais la DAB (Digital Audio Broadcasting) qui avait été retenue à l’époque, elle, est bel et bien enterrée au Canada. En fait, c’est surtout dans le cercueil de celle-là que les Américains ont enfoncé le dernier clou.

En attendant, certains rêvent à la DRM (Digitale Radio Mondiale). Qui vivra verra, comme on dit.

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Simon Forgues

Simon Forgues

Agent (communications et développement) chez l'ARC du Canada
Diplômé en animation radio/télé au début des années 1990, il a œuvré pendant près d'une vingtaine d'années dans diverses stations de radio et a cumulé également des tâches en coordination musicale et à la programmation.
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