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La HD Radio : un mort-né au Canada ?

music-108917_1280[1](Par Simon Forgues) – Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) vient de publier sa révision ciblée des politiques relatives au secteur de la radio commerciale.

L’un des points qui attire particulièrement mon attention est celui de la radiodiffusion numérique. On y apprend entre autres choses que l’implantation de la HD Radio (hybrid digital radio) est à ce jour un échec.

Rien ne nous dit encore qu’elle ne survivra pas au Canada, mais, jusqu’à présent, disons que les signes vitaux du patient sont à peu près absents. Bon, ce n’est pas tout à fait de cette façon-là que l’organisme l’écrit, mais ce sont en tout cas les conclusions auxquelles on peut en arriver.

Voyons plutôt…

Lors de cette révision de la politique réglementaire, il est important de souligner qu’aucun des radiodiffuseurs ayant soumis des observations au Conseil n’a proposé de plan d’implantation de la technologie HD Radio. Aucun.

Il faut tout de même dire que la Commission fédérale américaine des communications, l’équivalent américain du CRTC a pourtant adopté le standard il y a environ une douzaine d’années.

La majorité des radiodiffuseurs privés, y compris l’Association canadienne des radiodiffuseurs, l’Association des radios régionales francophones, Bell Média Inc. et Cogeco Diffusion Inc., croient qu’il serait difficile d’implanter cette technologie. Pas impossible, certes. Mais difficile.

Pourquoi ? On évoque notamment les coûts, l’augmentation probable du brouillage causé aux stations adjacentes et le nombre à ce jour très limité de receveurs compatibles sur le marché pour expliquer ces difficultés.

On apprend par exemple, selon certaines estimations, que le coût pour implanter la technologie varierait entre 70 000 $ et 700 000 $ par station FM.


Si c’est dispendieux pour l’industrie privée, imaginez pour le secteur communautaire et de campus. On apprend par exemple, selon certaines estimations, que le coût pour implanter la technologie varierait entre 70 000 $ et 700 000 $ par station FM. Et ça, c’est sans compter sur le fait qu’en plus, l’entreprise américaine qui développe, possède et détient la licence pour cette technologie facture les stations qui l’utilisent.

En un mot comme en mille, non seulement faut-il payer pour l’installer mais également pour l’opérer. Une aberration aux yeux de plusieurs si l’on considère qu’une fois un émetteur FM ou AM installé, il n’y a bien sûr aucune redevance à verser.

 

« Houston, We have a problem! »

Il semble qu’on ait observé des problèmes de brouillage entre des stations utilisant la technologie HD Radio et d’autres utilisant les signaux analogiques adjacents.

Les cas sont bien présents même si l’entreprise iBiquity en minimise le nombre.

N’empêche qu’on s’est rendu compte que la technologie qui avait été implantée à une station de Burlington (Ontario) a créé des problèmes au signal d’au moins trois autres stations situées à Oshawa (Ontario), Belleville (Ontario) et Rochester (New York).

Bon, qu’on ne se soucie pas trop d’une station américaine, à la rigueur, on peut comprendre, même si ce n’est pas très fairplay.

Mais Burlington est à presque 100 kilomètres d’Oshawa à vol d’oiseau et à 215 kilomètres de Belleville, deux villes de la même province canadienne. Et ça, pour tout dire, ça commence à être drôlement embêtant.

On ne parle plus de proches voisins ici mais carrément de stations situées dans d’autres marchés canadiens.

Il est également à noter, aux dires de plusieurs intervenants, qu’on doit s’attendre à voir la facture d’électricité grimper considérablement quand on utilise cette technologie.

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Combien ? Difficile de le dire mais la facture d’électricité augmentera. Dans des stations comme les nôtres, même une augmentation de quelques dizaines de dollars chaque mois représenterait un immense fardeau financier.

Enfin, et l’argument est de taille, on trouve sur le marché encore relativement peu de récepteurs de HD Radio. À ce jour, 80 % des récepteurs radio conçus pour capter la HD Radio sont essentiellement installés dans des véhicules et ils seraient tout au plus 500 000 actuellement en fonction.

Il y a fort à parier que non seulement l’implantation de récepteurs compatibles prendra encore plusieurs années, mais qu’il faudra encore un bon moment avant que les consommateurs y soient même familiers.

Une recherche menée par la Société Radio-Canada (SRC) a démontré qu’à peine 5 % des répondants connaissaient l’existence de la HD Radio. C’est peu. J’oserais même dire infime.

En fait, quand on y réfléchit, la seule raison à peu près qui pousse le Canada à demeurer dans la voie de la HD Radio, c’est que la technologie est déjà passablement exploitée aux États-Unis, et que, plus souvent qu’autrement dans de semblables dossiers, on a tendance à aligner nos décisions avec celles de nos voisins.

Remarquez que ça n’a rien de bien surprenant. Dans des dossiers semblables, on peut difficilement en tenir rigueur à qui que ce soit. Ça tient beaucoup à la loi du nombre.

Il suffit que les Américains éternuent pour qu’on attrape le rhume, comme on dit quelquefois à la blague.

 

En conclusion

Avec tous ces constats, le Conseil estime donc qu’il est prématuré de développer une politique à l’égard de la technologie HD Radio. On permettra la poursuite de l’expérimentation, la participation volontaire à la technologie ou même la transition volontaire, mais l’on ne préparera pas de plan d’encadrement à proprement parler.

Le déploiement est trop embryonnaire et les défis encore trop nombreux pour qu’il faille s’y pencher davantage. Tout au plus demandera-t-on par exemple aux utilisateurs éventuels de faire des rapports quant aux problèmes qui surviendraient.

Entre vous et moi, à 70 000 $ minimum pour la mise à niveau vers la HD Radio, et ce, sans compter les redevances à verser à l’entreprise titulaire des droits, je doute fort que vous puissiez capter l’une de nos stations membres en HD Radio avant encore un bon bout de temps.

Si vous souhaitez prendre connaissance de la révision complète de cette politique de la radio commerciale, vous pouvez consulter le site Web du CRTC : http://crtc.gc.ca/fra/archive/2014/2014-554.htm.

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Simon Forgues

Agent (communications et développement) chez l'ARC du Canada
Diplômé en animation radio/télé au début des années 1990, il a œuvré pendant près d'une vingtaine d'années dans diverses stations de radio et a cumulé également des tâches en coordination musicale et à la programmation.
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