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Se “droguer” à la radio

SimonForgues-120x120(Par Simon Forgues) – J’ai une petite confidence à vous faire; une toute petite de rien du tout. Je ne veux pas freiner vos beaux élans d’optimisme et encore moins briser vos rêves, mais lancer une radio communautaire est tout sauf facile.

Voilà qui est dit. Un brin de réalisme n’a jamais fait de tort à personne. Descendez donc de votre petit nuage et foulez un peu le sol terrestre. Quel que soit l’endroit où vous en êtes rendus dans votre projet d’implanter une radio chez vous.

On ne lance pas un projet de radio comme on ouvre un comptoir à patates frites au coin de la rue chez soi, et j’écris ça, soit dit en passant, sans dénigrer le travail des gens d’affaires qui se lancent dans le petit commerce de détail.

Vendre ce qui n’est pas palpable

Je suis agent de développement à l’ARC du Canada. J’aide donc les promoteurs de projets en implantation, je réponds aux questions des membres lorsqu’ils démarrent et même à ceux qui sont déjà en ondes. Je réalise quelques sites Web pour eux, leur prodigue un peu de formation, etc.

Ça fait six ans, en fait bientôt sept que j’œuvre au sein de l’organisation, et maintenant plus d’une vingtaine en tout et pour tout dans le domaine de la radio. Il y a longtemps que je me suis rendu compte qu’une entreprise de radio n’a rien d’un banal commerce de détail.

Et pourquoi donc une radio n’est-elle pas une business comme les autres ?

Parce que contrairement à la pizzeria qui vend des pizzas ou même à l’installateur de gouttières dont on apprécie le travail les jours de pluie, la radio, elle, vend du son et des émotions.

Voilà deux choses qu’on ne peut ni palper du bout des doigts, ni même voir de façon directe, mais dont on peut pourtant apprécier les résultats tangibles.

Quel résultats tangibles ?

Quand un festival s’annonce chez vous et que les tickets d’admission s’envolent comme des pains chauds, par exemple. Ou encore lorsque vous faites votre émission de demandes spéciales et que le téléphone ne dérougit pas pendant une heure entière.

Quand vous voyez des gens rester quelques minutes de plus dans leur voiture une fois rendus au travail, parce que les propos de l’animateur sont trop intéressants, alors là, oui, vous constatez les résultats de la radio.

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C’est ça que vous allez devoir continuellement marteler comme message auprès d’un paquet de monde avant, pendant et après l’ouverture de la radio.

On ne voit ni ne touche les résultats comme on voit et on touche un pain tranché chez le boulanger, et pourtant, ils sont bien là.

Toujours persévérer et faire… beaucoup d’éducation

Il va falloir faire comprendre à des élus municipaux que la radio sera là pour informer les gens, les divertir, leur offrir une tribune où s’exprimer et non faire la propagande politique et idéologique de la mairie.

Vous devrez expliquer à d’éventuels annonceurs que les ondes radiophoniques véhiculeront le nom de leur entreprise jusque dans les voitures et peut-être même dans la salle de bain de plusieurs personnes, mais que ça doit se faire de manière réfléchie.

Vous devrez frapper à des portes. Beaucoup de portes.

Combien ? Une porte, puis dix, cent, peut-être des milliers de portes de votre région. D’abord pour réaliser votre étude de marché, ensuite pour faire de la promotion et vendre votre publicité. Quelquefois pour solliciter des fonds, d’autres fois pour allez cueillir la nouvelle que vous diffuserez en ondes.

Un professeur un peu junkie

Sincèrement, ça va vous arriver de vous sentir un peu comme un enseignant dans une classe qui répète et répète inlassablement la même cassette en boucle.

Parce qu’il faut faire beaucoup de pédagogie et s’armer d’énormément de patience; j’en sais quelque chose.

Faudra expliquer le pourquoi du projet de la radio, comment on va le réaliser ce projet-là et, une fois la radio ouverte, qu’est-ce qu’on doit faire maintenant, puis à qui elle s’adresse.

Vous verrez, vous ne vous ennuierez pas. Je vous le jure.

Mais au final, malgré les efforts surhumains que ça requiert, je vous assure que la satisfaction que vous retirerez sera si grande, que vous aurez de temps en temps la curieuse impression d’être accro à une puissante drogue.

Je suis diplômé en animation radio-télé depuis 1990 et j’ai commencé à travailler peu de temps après dans une toute petite radio avec de grandes ambitions.

Je vous assure que depuis toutes ces années, je ne vois pas encore le jour où j’entrerai en cure de désintoxication pour me sevrer de la radio. Trop fort. Vraiment trop fort ce médium.

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