On s’est (peut-être) emporté rapidement avec YouTube Spotlight Canada

Le 31 juillet, YouTube annonçait le lancement d’une chaîne canadienne de vidéos : YouTube Spotlight Canada. En français, on l’appellera YouTube Canada en scène.

Dès lors, la presse spécialisée et le milieu de la création artistique ont été emballés par YouTube Spotlight Canada. Ça permettra, espère-t-on, de mettre en lumière le talent des créateurs de chez nous.

Mais voilà, on s’est peut-être emporté un peu trop rapidement…

Ordinateur portable avec un drapeau du Canada
(Montage : Avec Pixabay et Smartmockups)

Incapable de définir ce qu’est du contenu canadien

Comme l’a révélé le site spécialisé Cartt.ca, Google peine à définir clairement ce qu’est du contenu canadien.

Dans un article intitulé «YouTube launches dedicated Cancon channel», Cartt.ca a demandé à Google, propriétaire de YouTube, de préciser quels contenus seraient identifiés comme Canadiens ou pas.

Problème. À cette question, Jason Kee, responsable des politiques publiques et gouvernementales chez Google Canada a visiblement été incapable de répondre clairement.

Il a dû admettre en effet qu’il s’agissait d’un des principaux défis rencontrés lors du développement de la chaîne.

Les limites de l’algorithme

Ça ne prend pas un cours classique pour comprendre qu’un système utilisant des algorithmes pour la curation de contenu n’aura jamais le jugement d’un être humain. Oubliez ça.

On le voit entre autres dans Facebook. Au fil du temps, on vous présente systématiquement le même contenu au fur et à mesure où vous influencez sa petite “jugeote” de machine.

Dans les chaînes musicales en ligne, c’est exactement ce qui fait la différence entre un service dont la sélection est assurée par des humains et un autre service qui utilisent des algorithmes. La différence s’entend au fil du temps.

Mais la différence entre l’algorithme et l’humain se verra-t-elle sur YouTube?

Un Coréen deviendra-t-il Canadien grâce à YouTube Spotlight Canada?

Dans le cas de la chaîne canadienne YouTube, différents facteurs seront pris en compte. La nationalité (présumée) du créateur, la thématique exploitée ou encore l’endroit depuis lequel la vidéo a été mise en ligne notamment.

Donc, un créateur de contenu pourrait s’identifier comme Canadien alors qu’il ne l’est pas réellement. Seule l’investigation d’un humain attentif et rigoureux permettrait de déceler une pareille supercherie.

Ou encore, une vidéo dont la thématique est canadienne et a été téléversée depuis le Canada pourrait se retrouver dans la chaîne, mais tout en ayant été produite par un cinéaste Américain ou Français. On s’éloignerait alors du but de la plateforme, soit de braquer les projecteurs sur les artistes de chez nous.

En résumé, l’idée de YouTube Spotlight Canada part d’une bonne intention. De fait, elle mérite d’être saluée.

Sauf qu’il faudra voir avec le temps si les créateurs canadiens en bénéficient réellement. Ou si ce sont plutôt les érablières beauceronnes, le Stampede de Calgary et les bâtiments de la Colline parlementaire qui en sortent gagnants.

Un dernier mot en terminant. J’aurais aussi beaucoup aimé qu’on paie des êtres humains pour la curation de contenu. C’aurait été une autre belle façon d’encourager les talents Canadiens plutôt que les robots. Il ne manque pas d’ouvrage ceux-là, me semble-t-il.

(Source : «Updated: YouTube launches dedicated Cancon channel», Cartt.ca, 31 juillet 2017)

Simon Forgues

Diplômé en animation radio/télé au début des années 1990, il a œuvré pendant près d’une vingtaine d’années dans diverses stations de radio et a cumulé également des tâches en coordination musicale et à la programmation.

Envie de commenter? Allez-y!

%d blogueurs aiment cette page :