Clubhouse, c’est quoi et pourquoi tu ne veux (ou ne peux) y être

Clubhouse. La marque d’épices ? Dans ton garde-manger, peut-être. Mais pas dans le cas présent. Ici, il est plutôt question d’un nouveau réseau social. De quoi s’agit-il et pourquoi tu ne veux pas y être ? Ou du moins, pas maintenant. Je t’explique…

 

(Si tu préfères écouter cette critique de Clubhouse plutôt que de la lire, vas-y ci-dessous. Durée : 7 m 41)

 
Qu’est-ce que Clubhouse ?

Clubhouse n’est ni plus ni moins qu’un énième réseau social. Or, à la différence des autres qu’on connait, il a une grande particularité.

Ici, on n’écrit et on ne lit pas. On parle. Tu as bien compris. Pas de textes. Pas de vidéos. Ici, l’audio est roi.

On parle, enfin ceux qui participent à l’échange, tandis que les autres écoutent.

Oublie donc le partage de compositions sonores comme Myspace à l’époque ou SoundCloud plus récemment. Ça n’a rien à voir.

Les sujets y sont plutôt variés. On y traite aussi bien de thématiques très populaires comme la technologie, que de sujets plus pointus comme la physique quantique.

Les sujets sont ceux que les participants veulent bien lancer et auxquels les invités veulent prendre part.

Des invités ? Effectivement. Des invités.

Clubhouse n’est pas ouvert à tous. Il fonctionne sur invitation seulement. C’est d’ailleurs LA raison pour laquelle on en parle tant.

Souviens-toi toujours de ça. La rareté crée la convoitise.

On reproduit essentiellement la même idée introduite par Google en 2011 avec son défunt Google+, ou même Facebook qui n’était réservé qu’à des étudiants universitaires avant de s’ouvrir au grand public.

Jusqu’à ce que les deux entreprises ouvrent finalement les portes plus tard et que monsieur et madame Tout-le-monde y débarquent.

Pourquoi tu ne veux pas y être (du moins pas tout de suite)

D’une part, Clubhouse a le défaut de ses qualités.

Ici, l’idée n’est pas de démoniser le réseau, mais simplement d’exposer quelques-unes des raisons qui font que tu ne voudras sans doute pas t’y attarder plus longtemps. Ou du moins, tu devrais calmer tes ardeurs.

1) Les invitations

Le concept d’invitations a l’avantage de filtrer en amont la quantité et la qualité des intervenants et des échanges. C’est vrai.

N’est-ce pas merveilleux en effet de discuter entre spécialistes d’un sujet, sans que le beau-frère ne vienne interrompre la discussion avec une blague douteuse ?

Or, il a aussi le défaut de laisser sur la voie d’évitement nombre d’intervenants qui auraient sans doute aussi des choses très intelligentes et pertinentes à apporter aux débats.

Ne dit-on pas que c’est du choc des idées que jaillit la lumière ? Mais, comment éclairer davantage sans rajouter plus d’ampoules ?

Ironiquement, c’est un peu le reproche que plusieurs spécialistes des médias sociaux formulaient à l’égard du défunt Google+.

En introduisant la notion de cercles fermés, on empêchait dans une certaine mesure la percolation d’informations très intéressantes en-dehors d’un cercle restreint d’utilisateurs.

J’était à l’époque un farouche défenseur de Google+, mais j’étais aussi critique de ce concept dans une certaine mesure.

Ça faisait que certains échanges très constructifs trouvaient difficilement voire pas du tout d’écho en-dehors d’une poignée de participants.

Pas de résumé des échanges ou très peu. Pas de liens qui puissent être consultés. Du moins, pas aussi facilement qu’on l’imagine.

C’est pour ça qu’à peu près 80 à 90 % de mes publications dans Google+ se faisaient… en public et en-dehors de mes cercles.

2. Un club (trop) sélect ?

Bref, Clubhouse est l’équivalent du ‘resort’ tout inclus. Ce qui se passe au Clubhouse reste au Clubhouse.

C’est d’ailleurs l’un des principaux défauts que lui reprochent bien souvent ses détracteurs. Ce sentiment que le réseau appartienne en quelque sorte à un cercle très restreint de privilégiés.

D’ailleurs, tu remarqueras qu’à chaque fois qu’on va te le vanter, on te fera remarquer qu’il est fréquenté en outre par des gens comme Elon Musk et Oprah Winfrey notamment. Ouin, pis ?

Tu crois que le réseau va changer et que tout un chacun y aura accès comme bon lui semble ? Honnêtement, ce serait assez étonnant. 

Certaines personnes le croient. Comme la conférencière et auteure Nadia Serraioco, qui estime qu’il pourrait être possible que Clubhouse s’ouvre à tous éventuellement et mettent en place certains mécanismes de contrôle pour modérer le contenu. 2

J’en doute personnellement, mais tant mieux si je me trompe.

De petites chambres d’écho en-dehors desquelles très peu de choses ressortent pour le commun des mortels. C’est tout le concept du réseau social.

D’ailleurs, si l’une de vos connaissances laissent traîner dans Twitter un lien conduisant vers un échange Clubhouse, vous remarquerez dès votre arrivée qu’il faudra d’un part vous créer un compte, télécharger l’application et, enfin, réclamer un accès à celui ou celle qui organise la discussion.

Tu te sens un brin ‘loser’ de ne pas faire partie du “club” ? Rassure-toi. Tu n’es pas le seul à en être exclu.

3. Pas d’application Android

Actuellement le réseau compte environ 6 millions d’utilisateurs. Des ‘peanuts’.

Sachant qu’on estimait à 4,79 milliards le nombre d’internautes dans le monde en 2020, tu comprends que tu n’es donc pas le seul à ne pas y avoir accès.

Inutile d’essayer d’y prendre part d’ailleurs si, par malheur, tu possèdes un appareil Android.

Seuls les appareils fonctionnant sous iOS peuvent y accéder. Une évidence qui saute aux yeux dès l’instant où l’on tente de visiter le site joinclubhouse.com.

Est-ce que ça changera avec le temps ? Difficile de le dire. Le réseau est encore dans une phase embryonnaire, quoiqu’il approche déjà de son premier anniversaire.

Mais, peut-être accouchera-t-on éventuellement d’une version pour Android. Ce ne serait pas la première fois qu’un ou l’autre des deux systèmes est laissé en plan pendant la phase initiale de lancement.

Cela étant dit, il est quand même important de mentionner qu’en juin 2020, le site Statista établissait à 86 % les parts de marché d’Android. 1

Site web de Clubhouse
Capture d’écran de Clubhouse)

Ne cherchez donc pas d’applications sous Android. Vous trouverez bien ici et là des guides et des explications, comme c’est (trop !) le cas dans la boutique Play de Google.

Toutefois, rien qui ressemble à une application permettant de prendre part aux échanges.

Clubhouse
(Capture d’écran sur Google Play)

Ne tentez pas non plus d’y prendre part via votre PC par le biais d’un navigateur. C’est peine perdue. Il n’y a même pas d’interface web. Seules quelques informations sur le projet, ses concepteurs, etc.

À quoi ça sert alors de créer un site, demanderez-vous ?

Ça prouve en tout cas qu’internet demeure encore aujourd’hui un incontournable pour promouvoir un nouveau produit.

 

En conclusion, oui, Clubhouse est certainement un concept novateur dans le domaine des réseaux sociaux. Je n’en doute pas du tout.

En ce sens qu’il apporte une nouveauté peu exploitée jusque-là, c’est-à-dire les échanges par la parole plutôt que par l’écrit et la vidéo.

C’est un peu comme si l’on prenait un panel de personnes spécialistes d’un domaine, qu’on les installait tous autour d’une table ronde entourée de micro, et qu’on les laissait échanger ensemble sur une thématique.

Ça peut être très intéressant, s’il y a un auditoire captif et intéressé vers lequel faire percoler l’information pour un éventuel partage du savoir.

Mais, tant et aussi longtemps que ça demeure fermé de cette façon, ce n’est rien d’autre que la franc-maçonnerie 2.0, un club social très sélect devant les portes duquel il est inutile que tu fasses la file.

(Avis : ce texte ne reflète que ma propre opinion à titre de blogueur et non celle de l’organisation)

 

1 – « Android et iOS : un solide duopole », Statista.com, 22 juin 2020
2- « Le réseau social Clubhouse, une communauté convoitée », Le Devoir, 24 février 2021

Simon Forgues

Diplômé en animation radio/télé au début des années 1990, il a œuvré pendant près d'une vingtaine d'années dans diverses stations de radio et a cumulé également des tâches en coordination musicale et à la programmation. Il est aujourd'hui directeur des communications à l'ARC du Canada où il s'occupe notamment de la présence web.

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