Denis Talbot et Jeff Fillion feraient-ils de la radio de communauté?

Temps de lecture (moyen) : 4 minutes

L’avenir de la radio va passer beaucoup par la notion de communauté au cours des prochaines années, d’après moi.

Out, le simple régionalisme. Bienvenue dans la radio de communauté. Même pour les radios aujourd’hui considérées commerciales.

Je n’ai ni la science infuse, ni la faculté de voyager dans le temps.

Sauf qu’en 25 ans dans le milieu radiophonique, j’ai eu le privilège d’œuvrer tant dans le secteur communautaire qu’en radio privée. J’ai toujours également prêté attention à ce qui se passait à la radio publique.

Ça fait quelques années que je rédige des mémoires pour diverses instances publiques et que je témoigne à différentes tribunes comme le CRTC ou les comités parlementaires et sénatoriaux. J’ai donc aussi un peu d’expérience sur ce qui se passe de l’autre côté des portes fermées.

Tout ça pour dire que j’ai vu quelques changements s’opérer dans le milieu.

Dire les bonnes choses, au bon moment, aux bonnes personnes

On pourrait argumenter des heures sur les technologies qui transporteront le son jusqu’à vos oreilles ces prochaines années.

Je pourrais vous parler entre autres de l’arrivée des caméras en studio, puis des assistants personnels comme Google Home ou Alexa d’Amazon qui sont sensés sauver la radio du déluge, selon de grands experts.

Or, je vous parlerai plutôt de la pertinence. Point.

Parce qu’au-delà du contenant, la première chose qu’il faudra soigner c’est d’abord le contenu.

Quoi? Le contenu? Absolument.

La pertinence de dire les bonnes choses, au bon moment, aux bonnes personnes.

Et ça, c’est une réalité qui va finir par rattraper même la radio commerciale au cours des prochaines années.

D’arrêter de débiter des généralités, de combler des vides avec des paroles creuses. Parler à sa communauté d’auditeurs et non simplement à sa localité d’auditeurs.

Les radios privées n’auront d’autre choix elles aussi que d’adopter – très bientôt d’ailleurs – des comportements franchement communautaires.

Un mouvement déjà amorcé mais en silence

Ironiquement, elles ont déjà commencé à le faire. Un peu sans s’en rendre compte. Les radios privées sont déjà devenues un peu communautaire. Avec la petite place qu’elles se sont taillée à travers les médias sociaux notamment.

Par contre, ça ira plus loin que de simples échanges avec les auditeurs dans Facebook, Twitter et Instagram.

Je ne parle pas de recourir à des bénévoles pour l’animation comme nos radios communautaires le font. Ça n’a aucun rapport. Aucun.

Parlons plutôt des types de contenus qui seront proposés et qui déborderont des strictes limites de leur territoire géographique.

Je pense à des radios sportives par exemple, qui seront sans doute tentées de déborder légèrement de leur région pour leurs couvertures événementielles.

Je parle aussi de cette radio d’information autoroutière de Montréal qui, avec l’arrivée de la connexion Internet dans la voiture, sera probablement tentée de donner l’état de la chaussée et du trafic jusqu’aux portes des régions de Québec et de l’Outaouais.

C’est un peu ça que Denis Talbot jadis animateur à MusiquePlus fait avec sa « Radio Talbot » agrémentée d’images. Il fait de la baladodiffusion, de la “radiodiffusion” Web destinée à une communauté d’adeptes de jeux vidéo qui financent ses activités tantôt par leurs contributions monétaires, tantôt par des annonces.

Ce qu’on appelait jadis une communauté n’est plus pareil

Depuis l’avènement d’Internet, la mondialisation et l’ouverture des marchés, la notion de communauté n’est plus la même qu’il y a 20 ou 25 ans.

À l’époque, l’antenne FM faisait office de pivot autour duquel vivait une communauté d’auditeurs. Plutôt local ou régional comme diffusion.

De nos jours, c’est complètement différent.

Dans l’Ouest canadien, en Alberta, la diaspora acadienne y est maintenant suffisamment grande et bien installée pour qu’une radio de l’Acadie puisse être tentée de séduire ce public par le biais des nouvelles plateformes de diffusion.

Wo, les moteurs! Je ne dis pas que les radios terrestres locales doivent arrêter de desservir le public local près d’eux.

Toutefois, il ne faudra plus négliger les publics extérieurs. Ceux qui trouvent des affinités avec notre produit et qui forment notre communauté 2.0.

Je vais donner un autre exemple. Il ne plaira pas peut-être pas à tout le monde, mais c’est quand même un bon exemple.

Jeff Fillion, à Québec. Il ne parle plus strictement à des gens de la Vieille capitale et ses alentours.

Il parle à tout un public de 25 à 54 ans environ. Toute une « communauté de X » qui, pour la plupart, l’écoutent pour diverses raisons mais pas tant pour les conditions routières et la météo. Ils sont à Rivière-du-Loup, à Lévis ou même à Sudbury.

C’est la seule planche de salut vers une croissance du public et des revenus. Les compétiteurs sortent de partout; soyez aux aguets.

Talbot parle aux « gamers », Fillion à ses X payeurs de taxes. Voilà!

Arrêtez de pigez des sujets dans la boîte

Je vais vous faire une confession en terminant. Je vais avoir l’air d’un cordonnier mal chaussé. J’écoute de moins en moins de radio. Surtout parce qu’elle ne me surprend à peu près plus.

La météo et les résultats sportifs qu’on donnait à peu près uniquement à la radio, on peut les trouver désormais d’un simple coup d’œil à son téléphone cellulaire.

Arrêtez de piger systématiquement les mêmes sujets, de la même boîte et à la même heure quotidiennement.

Ça prend plus de récits de vie, de nouvelles exclusives, d’entrevues fouillées, de trouvailles, de micro-trottoirs (vox pop).

La communauté n’est plus strictement locale ni régionale. On dessert une communauté linguistique, sexuelle, religieuse, économique et quoi encore. Pas seulement une poignée de villes et de villages autour de l’antenne FM.

Nos collègues et nous-mêmes du secteur de la radio communautaire avions demandé au CRTC de modifier la notion de « radio communautaire » par celle de « radio de communauté » en 2010. [1]

Parce que déjà, à cette époque, on s’apercevait des transformations en train de s’opérer en radio.

On savait que le jour viendrait où la radio de Chéticamp (Nouvelle-Écosse) allait aussi desservir la diaspora acadienne à Fort McMurray en Alberta ou les Cajuns de la Louisiane.

Ok, pas de problème. Appelez-la radio spécialisée ou de niche, au lieu de radio de communauté.

Mais, un fait demeure. D’après moi, la radio généraliste et fourre-tout risque de tourner drôlement en rond dans les prochaines années si elle n’adopte pas d’ici peu des comportement résolument communautaires.

Pensez à votre communauté, pas seulement à votre localité. C’est très différent. Vos sujets,  votre musique, votre attitude, votre image de marque.

[1] Politique réglementaire de radiodiffusion CRTC 2010-499

Simon Forgues

Diplômé en animation radio/télé au début des années 1990, il a œuvré pendant près d'une vingtaine d'années dans diverses stations de radio et a cumulé également des tâches en coordination musicale et à la programmation.

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