Toute radio numérique n’est pas forcément sur internet

Temps de lecture (moyen) : 4 minutes

On entend beaucoup parler ces jours-ci de radio numérique terrestre (RNT) et, plus particulièrement encore, de la DAB+ (Digital Audio Broadcasting) qui se déploie de plus en plus rapidement en Europe. Qu’est-ce que la radio numérique terrestre et en quoi se distingue-t-elle de la radio numérique en ligne?

Je vous explique…

Toute radio numérique n’est pas forcément sur internet

Plusieurs ont tendance à croire que la transmission numérique va forcément de pair avec une connexion internet. Or, c’est faux! Enlevez-vous ça de la tête.

On n’a besoin ni de routeur ni de données mobiles pour accéder à du contenu numérique distant.

La preuve en est, par exemple, qu’il est possible de regarder gratuitement la télévision numérique au standard ATSC sans connexion internet, et ce, à l’aide d’une simple antenne branchée à son téléviseur dans plusieurs marchés canadiens depuis 2011.

À la maison, je capte 9 chaînes de télévision gratuitement de cette façon-là : CTV, Global, TFO, CBC, ICI Radio-Canada, Télé-Québec, V, TVA et OMNI. Avec une simple antenne à quelques dizaines de dollars et pas d’abonnement.

La radio numérique terrestre implique un mode de transmission similaire à la télévision numérique terrestre, c’est-à-dire avec des antennes aménagées sur le plancher des vaches.

Peu de décalage comparativement à la radio internet

À cause de cette transmission sans intermédiaire, il y a assez peu de décalage entre le direct en studio et ce que vous entendez sur un récepteur de radio numérique terrestre.

On parle généralement d’à peine 1 à 3 secondes, peut-être 4 secondes mais rarement beaucoup plus.

C’est que la radio par internet doit franchir plusieurs nœuds à travers le réseau avant de nous parvenir, tandis que le signal de la radio par satellite doit monter vers l’orbite terrestre avant de redescendre.

Dans un cas comme dans l’autres, le décalage peut être de plusieurs dizaines de secondes.

J’ai fait la comparaison entre la télé numérique via mon antenne et le service de mon fournisseur internet. Le décalage est d’à peu près… 2 minutes en retard via la télé sur Internet. C’est immense.

La RNT, comme la télévision numérique terrestre d’ailleurs, se rend directement du point A (le multiplexe et l’antenne émettrice) jusqu’au point B (l’antenne réceptrice) sans intermédiaire.

Si vous écoutez simplement de la musique, un tel décalage d’une ou 2 minutes peut évidemment paraître anodin.

Toutefois, mettons-nous dans un autre contexte et supposons que vous soyez sur la route.

Vous roulez à 100 km/h et écoutez la radio transmise sur la bande numérique DAB+.

Un autre automobiliste vous suit à la même vitesse et écoute la même station qui lui parvient par streaming via les données 4G ou même LTE.

À cette vitesse, vous franchissez tous les deux 27,8 mètres à la seconde.

À un moment donné, un bulletin de circulation vous informe d’un accident survenu à quelques kilomètres devant vous.

À peine en êtes-vous informé, vous en profitez alors pour prendre la prochaine sortie afin d’emprunter un chemin alternatif et éviter la congestion.

En supposant que l’autre automobiliste reçoit l’information ne serait-ce que 60 secondes plus tard, il aura eu le temps de franchir presque 2 kilomètres (1 668 mètres) avant d’être mis au courant de cet incident routier.

Le temps de repérer la prochaine sortie, il sera trop tard et… il restera alors coincé dans le bouchon de circulation. Merci, radio internet! 🙁

Streaming internet
Voici à quoi ressemble la radio numérique transmise par internet.

 

Des similitudes mais aussi de grandes différences

Bien sûr, il existe des similitudes entre les trois formes de transmission numérique que sont la radio terrestre, par satellite et par internet.

Comme la radio par internet ou par satellite, le signal de la RNT doit évidemment être numérisé et compressé.

Mais contrairement aux deux autres, celui de la RNT n’a plus d’étape entre son traitement et l’équipement de réception de l’auditeur, comme je l’expliquais ci-dessus.

Une fois transmises par l’antenne, tout ce que vous avez à faire pour écouter vos émissions radiophoniques est d’allumer votre poste radio afin de les capter.

Pas d’antenne satellite à pointer vers le ciel, pas d’abonnement, pas de forfaits de données mobiles à renouveler.

SatelliteLa RNT peut donc continuer d’émettre même en cas de panne. Tout comme la radio analogique évidemment.

Pour y parvenir, la station doit bien sûr disposer d’une batterie ou d’une génératrice afin d’émettre.

L’auditeur doit quant à lui posséder un récepteur qui fonctionne à piles.

Mais c’est tout à fait possible d’écouter la radio numérique terrestre malgré une rupture du lien satellite ou d’internet.

Comme la radio AM/FM, il s’agit d’ailleurs d’une des meilleures sources d’information lorsque surviennent des séismes ou de violentes intempéries. C’est rassurant, non?

La seule véritable contrainte que connaît la RNT comparativement à ses sœurs sur l’internet et via satellite, c’est la distance. Elle peut en effet diffuser uniquement dans la zone couverte par son antenne de transmission, tandis que la radio internet et la radio satellite peuvent véhiculer le signal sur de très grands distances.

Il importe néanmoins de préciser que la transmission numérique terrestre peut toujours compter sur des antennes émettrices qu’on dissémine sur le territoire afin d’offrir une couverture mieux ciblée.

Simon Forgues

Diplômé en animation radio/télé au début des années 1990, il a œuvré pendant près d'une vingtaine d'années dans diverses stations de radio et a cumulé également des tâches en coordination musicale et à la programmation.

2 pensées sur “Toute radio numérique n’est pas forcément sur internet

  • 04/12/2018 à 11 h 52 min
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    Hélas, pas TV5 monde, payé par les gouvernement du Québec et d’Ottawa ainsi que UNIS.

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    • 04/12/2018 à 15 h 05 min
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      Pour pouvoir émettre par ondes hertziennes, analogiques ou numériques, encore faudrait-il que les 2 télédiffuseurs que vous évoquez aient une licence et des émetteurs pour transmettre par voie terrestre. Or, ce n’est pas le cas.

      TV5 et Unis sont des chaînes distribuées par câble, IPTV et satellite et non des chaînes approuvées pour la distribution hertzienne.

      Les 2 chaînes en question sont assujetties à la partie 9(1)(h) de la distribution, c’est-à-dire qu’elles sont à distribution obligatoire par les distributeurs licenciés de télé par câble, par satellite et par IPTV.

      Si ces 2 chaînes devaient être distribuer leur signal via les ondes hertziennes, et espérer joindre l’entièreté du territoire canadien, les coûts des émetteurs et des antennes de transmission seraient tels qu’aucune des deux ne pourraient survivre financièrement.

      Leur planche de salut actuelle ne repose pas tant sur la publicité, mais plutôt sur la perception des frais d’abonnement qui peuvent être perçus.

      Répondre

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