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Juil 14
Des oreilles qui sortent de l'écran d'un appareil mobile

Bienvenue dans les fermes où l’on fait pousser de fausses oreilles

Ça vous semble invraisemblable ? Mais, de la même façon que des influenceurs achètent de faux clics et des ‘likes’ pour gonfler leur statistiques, des artistes et leurs agents achètent… de fausses oreilles pour écouter leur musique. Ou plutôt de fausses écoutes. Bienvenue dans les “fermes d’écoute en continu” (streaming farms).

Une industrie qui carbure à la fausseté

L’industrie du numérique est gonflée artificiellement d’un bout à l’autre. Cet univers de la fausseté et de la superficialité regorge d’exemples où le faux côtoie le vrai. La ligne entre les deux devient de plus en plus ténue.

Dernier phénomène à la mode ? Truquer les statistiques d’écoute sur les plateformes de streaming musical comme Spotify, Deezer et autres. Une pratique qui pourrait avoir des répercussions… jusque dans les radios.

Déjà, des robots génèrent de faux clics sur des bannières en ligne, dont peut-être le site web de votre radio. Des vendeurs Amazon s’offrent de faux commentaires, dont peut-être pour vanter le casque d’écoute que vous y avez acheté récemment.

Et si de fausses statistiques truquaient maintenant votre playlist musical en ondes, ainsi que votre palmarès ?

 

Un phénomène exposé jusque sur TikTok

Voilà que dans une vidéo parue sur TikTok, on aperçoit des centaines voire des milliers de téléphones fixés à des tablettes. Le but ? Générer des milliers d’écoute sur des titres présents dans les plateformes de streaming.

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Depuis quelques mois, les articles se multiplient d’ailleurs sur le sujet.

Dans un texte (« Brian Harrington on streaming farms ») paru en mars sur le site de Radio New Zealand, l’ingénieur de son californien Brian Harrington explique le subterfuge d’artistes obtenant parfois jusqu’à des dizaines de milliers de fausses écoutes de leurs chansons.

Ces statistiques ainsi gonflées ont pour but de mieux paraître dans les différents palmarès, mais permettent aussi d’engranger des revenus. Dans la mesure où les artistes sont rémunérés selon le nombre de fois où leurs chansons sont entendues.

Ces statistiques dopées par de fausses écoutes permettront en outre de grimper les échelons des différents palmarès de musique numérique, susceptibles d’influencer d’une part les consommateurs et, d’autre part, les radiodiffuseurs qui basent souvent leur propre ‘playlist’ en ondes sur les titres les plus populaires sur le web.

De plus, comme des plateformes semblables à Spotify peuvent payer aussi peu que de 0,003 à 0,005 $ à chaque diffusion d’une chanson, l’on comprend encore mieux les raisons pour lesquelles certains artistes et leurs gérants n’hésitent pas à mettre un peu d’huile dans les rouages afin de générer quelques revenus supplémentaires.

 

Impossible à éradiquer ?

Comme l’explique cet autre texte (« Click fraud in the music industry: fake streaming farms ») paru sur SonoSuite, quoique les compagnies de disque telles que Sony, Universal et Warner puissent faire pour endiguer le phénomène, celui-ci ne fait que grandir.

Une simple recherche Google sur un tel subterfuge permet de dénicher une pléthore de sites en ligne où il est possible de gonfler artificiellement ses statistiques d’écoute. Il en pousse comme des champignons.

Les plateformes comme Deezer, Spotify ou YouTube Music y perdent-elles de l’argent ? Pas vraiment.

Dans la mesure où les “robots” qui génèrent ses fausses écoutes doivent soit disposer d’un compte payant, soit utiliser un compte gratuit qui est monétisé par la publicité.

Sauf que, d’autres artistes qui jouent légalement, eux, se font discrètement subtiliser des revenus qui devraient être repartagés équitablement parmi tous ceux du catalogue.

Et, il y aussi les entreprises qui croient annoncer leurs produits et leurs services auprès de véritables humains. Alors qu’en réalité, on estime qu’actuellement, de 3 à 4 % de l’écoute sur ces plateformes est fausse. Les chiffres ne cessent d’ailleurs de croître.

Au final, s’il est une chose dont il faut se méfier sur internet, c’est bien des statistiques liées aux réseaux sociaux et aux plateformes de contenus audionumériques.

Si vous êtes un directeur musical qui bâtissez le catalogue musical de la station et le palmarès sur la base de ce qu’on écoute – supposément – en ligne, sans doute devriez-vous prendre ces statistiques avec un petit grain de sel.

À propos de l'auteur

Professionnel du domaine des médias électroniques avec plus de 30 ans d'expérience, Simon Forgues est à l'emploi de l'Alliance des radios communautaires du Canada depuis 2007. Diplômé en animation radio et télévision au Collège Radio Télévision de Québec, il possède aussi une attestation d'études en création de podcast du Collège Bart. Impliqué dans de nombreux projets liés à la radiodiffusion, et ce, de l'idéation de contenu jusqu'à la production, il a œuvré dans différentes radios du Québec et de l'Ontario, où il a cumulé également des tâches liées à la coordination musicale et à la programmation.

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