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Jan 18
Une image montrant des personnes de race noir qui écoutent la radio

La radio communautaire : l’outil d’accueil mésestimé des nouveaux arrivants

L’immigrant, et de manière générale tout individu qui s’installe dans une communauté qui lui est étrangère, est confronté au défi de s’y intégrer. Bien qu’il puisse être difficile de rencontrer des gens et d’en apprendre davantage sur la culture et les mœurs locales, la radio peut faciliter le processus. Mais, l’utilise-t-on suffisamment et correctement?

 

L’immigration, notre planche de salut

Les chiffres sont éloquents. Le poids démographique des francophones au pays a encore diminué ces dernières années.

On ne se leurrera pas. À moins de procréer au rythme des lapins au cours des prochaines années, les carottes sont (presque) cuites pour notre poids démographique au Canada. Celui-ci diminue inexorablement. Depuis plusieurs années.

Chez les organismes dédiés à la cause, on le reconnaît. Sans qu’il s’agisse nécessairement de l’unique solution, l’immigration représentera, sinon notre seule planche de salut, en tout cas l’une des plus importantes.

Or, chez ces organismes qui s’évertuent à créer des initiatives pour attirer et retenir les immigrants, il est ironique de constater que plusieurs d’entre eux semblent ignorer qu’ils disposent d’un outil pourtant essentiel pour la vitalité de nos collectivités et parfait pour faciliter leur intégration.

C’est-à-dire la radio communautaire francophone.

Certaines organisations et leurs intervenants voués à la défense et la promotion de la francophonie canadienne oublient un fait indéniable.

La très grande majorité des nouveaux arrivants au Canada, particulièrement ceux qui s’établissent au sein de la francophonie canadienne, arrivent de pays où la radio communautaire y est solidement enracinée.

Ironiquement, alors que ces organismes devraient investir davantage dans les radios communautaires afin d’y partager leurs initiatives et les programmes destinés aux immigrants, ceux-ci choisissent plutôt de délaisser ce médium, ou même carrément de l’ignorer dans leurs efforts de promotion, lui préférant entre autres choses les plateformes numériques.

Ils oublient toutefois que les nouveaux arrivants écoutent beaucoup la radio. Pas seulement la radio d’État d’ailleurs.

 

Accomplir de grandes choses avec peu de moyens

Contrairement au diffuseur public national, les radios communautaires et de campus ne bénéficient pas d’un budget pharaonique de 1,5 milliards de dollars annuellement pour opérer.

Tout au plus comptent-elles sur une poignée d’initiatives et de programmes gouvernementaux afin de garder la tête hors de l’eau.

Elles continuent néanmoins d’assurer un rôle essentiel pour la préservation et la défense de notre langue. À ce chapitre, les radios communautaires n’ont d’ailleurs plus de preuve à faire.

En écoutant les stations de radio locales, les immigrants et les nouveaux arrivants peuvent se familiariser avec leur nouveau chez-soi de diverses façons.

Qu’il s’agisse de se renseigner sur l’actualité ou de découvrir des musiciens et des émissions préférés, ceux-ci peuvent établir un lien important avec leur nouvelle ville et leur nouvelle région grâce à la radio locale.

Il s’agit en effet d’un outil efficace pour intégrer les nouveaux arrivants dans une nouvelle communauté. Incidemment, plusieurs bénévoles et salariés de nos radios le sont d’ailleurs eux-mêmes.

Pourtant, tendez l’oreille vers les radios communautaires de la francophonie canadienne.

Essayez d’y trouver des messages publicitaires et des initiatives promotionnelles sur les programmes d’accueil et d’intégration des nouveaux arrivants. C’est pratiquement le néant.

S’ils n’en sont pas totalement absents, disons que les organismes porte-parole nationaux et provinciaux ne s’y bousculent pas.

En tendant l’oreille pour écouter quelques-unes de nos radios, notamment dans les grands centres urbains où vont d’ailleurs s’établir bien souvent les immigrants, je n’entends nulle part de grandes campagnes promotionnelles de la part de ces organisations, ou du moins très rarement.

Certes, il y a bien ici et là quelques petites initiatives qui reviennent de façon ponctuelle; je dois le reconnaître et les en remercier.

Toutefois, c’est plus souvent qu’autrement à l’échelle locale, et même, bien souvent, il s’agit d’initiatives menées par les radios elles-mêmes et non les organismes porte-parole.

 

On a l’outil à quelques centimètres des oreilles

On cherche depuis des années à freiner la chute lente et inexorable de notre poids démographique. L’outil est pourtant là. À quelques centimètres des oreilles.

La radio communautaire offre aux immigrants une plateforme afin d’y partager leurs propres histoires et leurs expériences. Ce qui leur permet de se connecter davantage aux citoyens de leur nouvelle terre d’accueil.

Ces immigrants peuvent aussi mieux se familiariser avec les us et les coutumes de la culture locale, grâce à la radio, qui leur fournit en outre de précieuses informations sur la façon d’accéder à des services et des ressources au sein de leur nouvelle communauté.

Les organismes porte-paroles auraient tout intérêt à tirer profit de cet outil qui favorise la compréhension et le rapprochement des cultures. Or, plusieurs semblent plutôt se faire tirer l’oreille. Ils abandonnent leur mission de préserver ces médias locaux.

S’ils continuaient pourtant d’y investir, ne serait-ce qu’occasionnellement et de manière concrète, ils continueraient à tirer parti du pouvoir de la radiodiffusion.

Sans doute auraient-ils beaucoup moins de difficulté, sinon à attirer les nouveaux arrivants, en tout cas à faciliter leur installation dans leur nouvel environnement.

Les médias sociaux, c’est bien. Mais la radio est encore au cœur de nos collectivités. Dommage que plusieurs ne s’en rendent pas compte.

Il en va de la préservation de nos médias communautaires. Pour le bénéfice de nos collectivités et de nos nouveaux concitoyens venus s’installer chez nous. Parce qu’ils ont besoin qu’on leur parle, comme nous-mêmes avons aussi besoin de les écouter.

À propos de l'auteur

Professionnel du domaine des médias électroniques avec plus de 30 ans d'expérience, Simon Forgues est à l'emploi de l'Alliance des radios communautaires du Canada depuis 2007. Diplômé en animation radio et télévision au Collège Radio Télévision de Québec, il possède aussi une attestation d'études en création de podcast du Collège Bart. Impliqué dans de nombreux projets liés à la radiodiffusion, et ce, de l'idéation de contenu jusqu'à la production, il a œuvré dans différentes radios du Québec et de l'Ontario, où il a cumulé également des tâches liées à la coordination musicale et à la programmation.

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